Alors, The Stains, c'est un groupe de rock.
Il vient de la tête de Marc.
Marc, c'est lui.
C'est un rocker. Un vrai. Un pur. Un dur. Un musclé. Un ex-chevelu. Un héros. C'est Bassman.
Marc, il bosse à Berlioz. Depuis très très très longtemps. C'est quasiment lui qui a inventé Berlioz.
C'est d'ailleurs lui qui fait tourner tout le collège – soyons clair, sans lui, Berlioz, ça peut pas marcher du tout, ça tombe en panne tout de suite, et de partout. Ca ne se discute même pas. On ne veut même pas essayer pour voir.
Marc, n'empêche, ça faisait des années que son travail se combinait mal avec sa vraie vocation : le rock.
Au début, c'était pas très grave... Bon, le boulot, c'est le boulot...
Mais quand même, il s'ennuyait.
On le voyait tourner, l'âme en peine, dans son bocal... L'½il vide. Seul, sans personne pour partager son amûur du rock... Des fois on sentait poindre une larme, lorsqu'il agitait machinalement ses douze mille clefs, parce que ça lui rappelait un peu un batteur qu'il avait bien connu du temps où... Ahh, que de nostalgie... Et sa pauvre guitare, qui prenait la poussière dans un coin...
Et puis un beau jour de 2005, Marc, il eut une idée... "Tous ces adolescents qui gigotent toute la journée dans cet établissement scolaire public d'enseignement secondaire,..." pensa t'il soudain, en changeant l'ampoule de la salle A23, "y'en a quand même bien un ou deux qui ont le rock qui leur coule dans les veines, non? Non?"
"ET SI ON FAISAIT UN GROUPE? ?"
Il descendit donc très très vite de son échelle, et commença à répandre la bonne parole.
Au début ce fût dur. En effet, la plupart des adolescents à qui il s'adressait, bien que motivés pour faire un groupe de rock, songeaient essentiellement à contribuer par de beaux solos de flûte à bec... Or Marc, la flûte à bec, y peut pas. C'est médical. Il a une allergie. C'est dommage, mais c'est comme ça.
Le temps s'écoula donc, sans que son espoir s'amenuise, mais au bout de quelques douzaines d'entretiens avec des flûtistes qui ne firent aucun bien à sa santé, il décida de changer de méthode, et punaisa donc, à la rentrée 2006, des affiches dans le collège afin de recruter des musiciens correspondant davantage au profil.
Valentin, guitariste, savait déjà très bien lire, à l'époque. Et une fois qu'il eut compris la teneur du message, il commença à faire des petits bonds de joie, à l'intérieur de son corps. En effet, cela faisait quelques mois déjà qu'il végétait au sein d'une autre formation musicale... Comprenait pas trop ce qu'il était censé y faire... Et là, enfin, quelqu'un parlait son langage. Il sortit donc son agenda Mickey, n'oublia pas la date de la réunion, et s'y rendit avec un espoir bien dissimulé mais néanmoins immense.
Ils étaient 8, à cette réunion. Ils décidèrent donc de s'appeler G8. Mais bon, vu qu'au bout de quelques sessions, ils n'étaient plus que 4 et que G4, ça le fait moins, on évita juste d'aborder le sujet du nom du groupe.
4, ça fait : Valentin le guitariste ;
Stan the Man, guitariste aussi – lui ne sait toujours pas bien lire, mais avait des amis qui lui
avaient relayé l'info ;
Nolwenn, la plus cholie batteuse de toute la région ;
et Marc, donc, reconverti en bassiste parce que c'était lui le plus musclé des 4 et qu'une basse,
mine de rien, c'est lourd. Y'a des grosses cordes.
Bon, pas de chanteurs, mais qui a dit qu'il fallait à tout prix un chanteur pour faire du rock, hein? Pas moi, en tout cas. Ah si, je l'ai peut-être dit, en fait. Mais bon, là, y'en avait pas.



